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NAIAS 2008 - Les leçons de Detroit

Le foutoir écologique

Chaque jour de nouvelles études amènent de sombres perspectives sur le réchauffement climatique. Certains parlent de psychose voire d’hystérie en brandissant la mort des forêts et les bostryches en étendard, d’autres de désastre imminent. La réaction politico-économique est bien réelle. Côté politique, gouvernements et villes légifèrent, avec peu de cohérence pour l’instant. Chez la plupart des constructeurs, on a nié, on s’est gaussé puis on a paniqué. Désormais, on désinforme candidement. Ethanol E85, diesel ultra propre, hybrides bimodaux, hybrides rechargeables, piles à combustible On communique à tort et à travers, sur des produits, sur des concepts voire des éventualités.

Pour le consommateur électeur, le fond du problème est devenu encore plus nébuleux. Indépendance énergétique des pays exportateurs géopolitiquement sensibles, réchauffement climatique, flambée des cours du pétrole et pression économique sur les industries et ménages, pollution atmosphérique dans les villes, quelle est la priorité ? Questions et réponses forment un écheveau de plus en plus inextricable. Si il y a un grand dessein dans tout cela, c’est probablement de rassurer le consommateur : achète une nouvelle voiture, elle A) consommera moins B) polluera moins C) coûtera moins cher à l’usage. Biffez les mauvaises réponses et n’oubliez pas de signer le chèque en sortant de la concession.

L’éthanol E85 séduit les fers de lance de l’indépendance énergétique qui ont trouvé une synergie intéressante entre leurs principes de politique extérieure et un électorat agrarien. Certaines études coupent les cheveux en quatre sur l’empreinte carbone réelle de cette source d’énergie, cuisson du bacon matinal du paysan et photosynthèse de la plante pendant sa croissance compris. D’autres simplifient : l’académie des sciences américaines (PNAS) est arrivée à la conclusion que l’utilisation de toute la production de maïs américaine ne permettrait que de fournir 14% de l’essence consommée par le pays. Même sur un plan pratique, les chiffres font sourire : il y a actuellement aux Etats-Unis 17 millions de véhicules capables de rouler à l’éthanol, dont 1 million au Texas, ironiquement. Nombre de stations vendant de l’E85 ? 1200. Une station pour 14'000 véhicules, les files d’attente pourraient être plus longues qu’à Kinshasa un jour de pénurie. Simple à réaliser techniquement, c'est la solution du moindre effort et du moindre effet. Fichtre, même le Hummer HX est compatible E85 !

Toyota a eu un succès considérable avec la Prius, les ventes d’hybrides de la marque ont dépassé le million d’unités en Juin 2007, 10 ans après le lancement du premier modèle. En 2006, il s’est vendu plus de Prius au monde que de voitures particulières en Suisse. Patience, persistance, méticulosité, les vertus du kaizen (l’amélioration constante) imposent le respect. Et que disent les japonais ? Rien. Aucun triomphalisme, aucune agitation, aucune annonce fracassante. Honda commence les essais pilotes de son FCX Clarity à pile à combustible avec des consommateurs, mais la route vers une mise sur le marché est encore longue et tortueuse. Les ventes de ses Civic hybrides souffrent face à la Prius, celles de l’Accord hybride ont tout simplement cessé. Toyota a annoncé à Detroit le lancement en 2010 du premier modèle d’une flotte d’hybrides dont les batteries Lithium Ion seront rechargeables sur le secteur. Avantage : il n’est plus nécessaire de consommer du carburant pour recharger les batteries. Désavantage : ça ne résout rien si cette électricité provient de centrales au charbon.

Les constructeurs américains ont réagi remarquablement à l’augmentation de 50% du prix du carburant à la pompe en 3 ans. Avec le couteau sur la gorge et les carotides qui saignent, les décisions drastiques se prennent rapidement. Et à grande échelle. Champions de l’éthanol toutes catégories, Ford, GM et Chrysler sont prêts à élargir leurs gammes d’hybrides, mais poursuivent également la rechargeabilité (Chevy Volt) et les piles à combustible (Chevrolet Equinox, Cadillac Provoq). Rendre des pachydermes un peu plus écologiques peut paraître illogique, mais les constructeurs américains doivent avant tout stopper l’hémorragie en conservant des clients épris de gigantisme. Toyota courtise d’ailleurs cette clientèle avec son concept A-Bat, où énorme rime avec économe.

Tahoe, Silverado, Escalade, Aspen: un troupeau d'éléphants désormais kasher grâce à la fée hybride.

Chez les européens, le retard pris est difficile à rattraper. Mercedes promet de l’hybride pour le tournant de la décennie. BMW a tout misé sur l’hydrogène avant de réaliser qu’une commercialisation est trop distante pour être viable et de parler d’un X6 hybride. Chez VW, on attend. Difficile de comprendre quoi mais on attend, peut-être que quelqu’un d’autre ait une bonne idée pour les sortir de la mélasse. Et l’idée est venue de Stuttgart : vendre du turbodiesel aux américains. Et que rentrent dans la danse le Bluetec de Mercedes, l’Advanced Diesel de BMW et le TDI Clean Diesel de VW. Le gazole n’étant pas défiscalisé aux Etats-Unis, le gain économique sera marginal, tout comme l’impact écologique. La palme de la récupération vient de chez Ferrari. Si la stratégie de performance et économie par réduction du poids semble porteuse, présenter une F430 Spider affublée de stickers verts Bio Fuel, avec un slogan « Pure Power » à moitié malin est hypocrite et décevant. Chez Lamborghini ou Bentley au moins, on assume son incurie, dans la vulgarité ou la classe.

Confusion cyniquement organisée ou réaction désordonnée à une problématique complexe, le résultat est le même : le consommateur a désormais un éventail d’options pour rouler pseudo-propre sans faire le moindre compromis. Bénéfique à court terme, mais il est probable que ça ne suffira pas.

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Textes: JC Etter / Photos: Michele Petrello & JC Etter

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