Voilà, c'est fini. Dimanche, les portes de Palexpo se sont refermées
sur 10 jours de rêve mécanique, avec un bilan de fréquentation en baisse
de 9,20% à 648'000 visiteurs par rapport à l'an dernier. Les
organisateurs et participants semblent cependant très satisfaits de la
fréquentation étant donné la conjoncture actuelle.

Du
côté des exposants, il est vrai que le plein avait été fait grâce
notamment aux réservations (et aux paiements) qui se font pratiquement
un an à l'avance, et au nombre d'élus "limité" par rapport au nombre
d'appelés. L'euphorie du printemps 2008 ne laissait rien (ou peu)
présager de l'avenir actuel sombre planant au-dessus de la planète
automobile. A part le groupe GM qui a réduit la voilure au dernier
moment, laissant place à une exposition d'anciennes F1 et une petite
marque italienne, tous les constructeurs mondiaux ou presque étaient
présents.

Ayant contaminé tous les pays voisins en quelques
semaines, le virus conjoncturel semble avoir, pour l'heure, de la peine
à infecter le marché automobile suisse. Pour preuve, les chiffres de
ventes de voitures neuves n'ont pas fléchi aussi vite qu'ailleurs...
Nous avons cependant noté un sérieux coup de frein dans certains
domaines, comme lors des shows de présentation, durant lesquels la mise
en scène est habituellement de haut niveau. La diversité des buffets de
midi offerts aux journalistes a laissé place à des assiettes froides ou
un menu unique. Les fameux dossiers de presse au packaging d'ordinaire
luxueusement présenté, se sont résumés pour une bonne dizaine de marques
à la remise d'une simple clé USB. A moins que ce soit plutôt par
conscience écologique... Allez savoir ! Enfin, les dirigeants des
constructeurs affichaient quasiment tous profil bas voire une mine
d'enterrement lors des conférences de presse. Les stands ont opté pour
la sobriété, mettant l'accent uniquement sur les nouveautés et occultant
totalement, pour certains, le reste de la gamme. Peu d'investissements
dans de nouvelles infrastructures d’exposition ont été consentis. Des
coupes ont même été effectuées dans l'incontournable budget "glamour"
des marques, avec des hôtesses moins présentes qu'auparavant, certaines
recyclant même les robes de l'an dernier... Mais fort heureusement,
l'ambiance "bon enfant" si particulière au salon de Genève a persisté,
comme pour tenter d'exorciser la triste réalité de l'autre côté des murs
de Palexpo. Et c'est tant mieux !

Ca, c'était pour le décorum...
Mais quid des autos elles-mêmes ? L'affiche du salon s'est parée cette
année du rouge "passion", flamboyant, enivrant, alors que ces trois
dernières années l'accent avait été mis sur la cohabitation entre l'auto
et l'environnement. Il est intéressant de constater que bon nombre de
nos confrères étrangers, notamment américains, ont été surpris voire
interloqués - comme ils savent si bien le faire : "Oh my Goooood !" -
devant les nombreux bolides surpuissants et valant plusieurs centaines
de milliers de francs présents sur les stands, visant en priorité les
richissimes étrangers au forfait sur les berges du Léman et/ou ceux qui
n'ont pas tout perdu dans la débâcle de leur copain Bernie Madoff... Ca
se bousculait devant les belles anglaises, italiennes et allemandes
ainsi que les "petits" préparateurs utilisant comme base ces modèles de
luxe pour les personnaliser avec plus ou moins de goût. Nous avons
également assisté à la renaissance de Lagonda, qui sous la houlette
d'Aston Martin nous présente sa première création depuis des décennies :
un SUV de luxe! Complètement à contre-courant de la tendance actuelle...
Ah ! Genève et ses éternels paradoxes (ou genevoiseries) ! C'est la
crise, mais il faut continuer à parader rue du Rhône au volant de sa
grosse pompe et surtout éviter que le voisin sur la rive Gauche ne
confonde la voiture du patron avec celle du jardinier !
Pour les
porte-monnaie moins garnis, nous notons également le retour ou le
renouvellement des modèles compacts sportifs toujours très prisés de la
clientèle suisse. Quasi chacun des constructeurs généralistes y est allé
de son modèle, très souvent doté d'une motorisation downsizée pour le
politiquement correct, mais délivrant tout de même son pesant de
kilowatts.
Pour orner ces carrosses, comme l'année passée, le blanc
immaculé était de rigueur sur les stands. Expression de la propreté ou
moyen de se racheter une virginité, la "couleur" de toutes les couleurs
habillait les modèles se voulant respectueux de l'environnement. Les
départements marketing ont ordonné d'afficher en grand les valeurs
d'émissions de CO2 sur les carrosseries, là où il n'y a encore pas si
longtemps étaient ostensiblement affichés la puissance et le "0 à 100
km/h". Devenu une réelle préoccupation d'une frange non-négligeable de
la clientèle, il est désormais impossible pour les fabricants de faire
sans. La course à la puissance maxi a laissé place à la course aux
rejets mini.

Pour la première fois à Genève, la halle n°3, bien
cachée entre les stands Nissan et Renault près du bar à champagne, fût
transformée en "Pavillon Vert" dédié uniquement aux modes de propulsion
électriques et alternatifs. Malgré un réel engouement du public et une
offre grandissante, le choix de cet emplacement méconnu des visiteurs a
étonné et l’objectif de fréquentation de l’endroit n’a certainement pas
été atteint. Nous ne serions pas surpris, si une telle expérience devait
être reconduite l'an prochain, qu'un nouvel endroit soit choisi. La
conjoncture et les décisions politiques en matière d’environnement
revêtent une importance capitale dans le développement des nouveaux
modèles, et l’avenir de l’auto ne pourra se passer de ces nouvelles
technologies. Le domaine est plus que jamais sur la bonne voie, à même
de concilier performances, style et efficience écologique sous une même
carrosserie. Continuez comme cela !

En espérant que la tempête
financière se calme d'ici-là, nous vous donnons d'ores et déjà
rendez-vous du 4 au 14 mars 2010 !