
Pas d'emballement, il s'agit d'une Ford Mustang GT.
1968. Le taciturne Lieutenant Frank Bullit déboule à travers San Francisco avec une Dodge Charger à ses basques, le flic rebelle et incorruptible contre la pieuvre maffieuse.
2000. Le loquace Nicholas Cage drifte avec maestria dans Long Beach avec les deux tiers de la police du comté à ses trousses, une noble cause à remplir et quelques soucis relationnels avec un ébéniste irlandais psychopathe.
Trois décennies d’écart, deux Ford Mustang Fastback, un même symbole. Une GT de 68 et une Shelby GT 500 de 69. Trois décennies d’égarements aussi, avec des motorisations improbables et des orientations de style parfois douteuses, avant que Ford n’applique une fois de plus la recette néo-rétro (Thunderbird, Ford GT). On peut critiquer la démarche comme un pillage des reliques du passé, mais le résultat a une allure indéniable de l’extérieur. Tapie dans la pénombre, la Mustang GT nous plonge dans l’univers des blousons de cuir, brillantine, cambouis et batailles de rue.

Contact. Le tableau de bord mêle graphismes rétro et affichages secondaires à pixels verts sur fond noir. Le rétro éclairage des compteurs passe du blanc (sans phares) au pastel de votre choix : 125 couleurs différentes possibles grâce à un réglage individuel des nuances rouge/vert/bleu. Gadget un peu incongru qu’on aurait plutôt vu dans une citadine française parfumée à lavande. Le V8 se révèle plus discret que le look de l’auto, boîte en Drive (la boîte manuelle est une option sans surcoût) et sortie du garage un peu hésitante tant l’engin paraît large, malgré une position de conduite étonnamment haute.

Premier démarrage et le manque de progressivité de la pédale de gaz surprend : rien puis un gros « brouf » qui risque de malmener l’estomac de vos passagers. Comme si l’esthétique ne suffisait pas pour se faire remarquer. A un rythme cool, les rapports s’enchaînent doucement, avec une boîte qui met en valeur le couple respectable (434 Nm tout de même) du V8 en évitant des kick-downs intempestifs. Le feeling de la pédale de frein n’est pas trop rassurant : le mordant est plus chaton que Rotweiler, la consistance plus marshmallow que biscuits à l’anis. De plus, quelques vibrations parasites donnent une texture étonnante, rien à voir avec des disques voilés cependant.

Le compteur gradué en miles est illisible, l’échelle secondaire métrique indéchiffrable. Avec les rapports longs de la boîte 4+1 (la 5ème est en fait un overdrive déconnectable pour diminuer la consommation sur autoroute), le respect des limitations dans les localités demandera une attention de tous les instants.
Pied au plancher, la boîte descend un, puis deux rapports, le V8 passe du murmure à un bruit plus caractéristique, mais le fantôme de Steve McQueen nous regarde passer en haussant les épaules. La voiture mériterait une ligne d’échappement un peu plus extravertie, il doit exister un juste milieu entre la caricature anti-sociale et la note d’origine. Avec 300 chevaux (SAE, une norme de mesure un peu complaisante) et un poids contenu vu les dimensions de l’auto, les accélérations et reprises sont plus que respectables sans être sauvages pour autant.