Le
lancement de la MT01 fut soigneusement préparé par Yamaha Europe à grands
renforts de buzz marketing, site Internet dédié, concours et photos
« motorotiques ». Le tout devait amener le suspense jusqu’à une apogée
insupportable, des masses de motards hébétés se ruant chez leur concessionnaire
pour signer un chèque d’un cocktail de salive, sang et autres fluides corporels
si affinités. On nous annonçait une révolution de la moto sportive, pas
moins.
En lisant la fiche technique, on s’interroge. Un bicylindre de 1670 cm3, 15 mkg de couple, 90 chevaux à 4750 t/min et un poids à sec peu flatteur de 240 kilos. Avec le minuscule réservoir de 15 litres plein, on dépasse le quart de tonne. Tout cela dé … tonne un peu dans le paysage des hyper sportives (R1, GSX-R et autres vertitudes) qui sont maintenant deux fois plus puissantes, et bientôt pèseront deux fois moins, pilote et passager inclus (j’exagère à peine). Ajoutez à cela des expériences précédentes peu convaincantes sur des bicylindres, autant dire que je partais sceptique.
Sans
nul doute, la chose vibre. Beaucoup. Elle vibre au ralenti, devient franchement
dérangeante entre 2000 et 2500 t/min, puis les choses deviennent un peu plus
plaisantes avant d’êtres interrompues par la zone rouge à 5500 t/min. Il ne sert
d’ailleurs pas à grand-chose de tirer les intermédiaires au-delà de 5000 tours,
à moins de vouloir jouer sur l’allonge, très relative, à l’approche d’un virage.
Avec un moteur peu souple, les évolutions en ville se font beaucoup en première,
parfois en seconde, escortées par un bruit d’admission dont le ronflement n’est
pas sans me rappeler le cyclomoteur Fantic qui égaya mes déplacements de
quatorze à seize ans.
Les vibrations sont bien filtrées dans le guidon et les repose-pieds du pilote, montés souples, mais les cuisses et les parties les plus charnues de votre être sont copieusement massées par l’ensemble selle – réservoir. Au-delà d’évidentes plaisanteries triviales, il apparaît que les marketoïdes de Yamaha ont manqué le coche en demandant à leurs ingénieurs de tartiner la MT01 de vibrations : peut-être valable pour des Harley-Davidson, les mauvaises langues (qui feraient bien d’essayer une StreetRod) disent qu’elles ne servent à rien d’autre, mais comme la MT01 a l’ambition d’être un vrai roadster, il devrait être possible d’en profiter sans ce traitement parkinsonien.
Assis bas avec un guidon étroit et haut, la moto est agile en dépit du poids, mais à tendance à engager dans les virages à faible vitesse, phénomène qui disparaît avec une peu de vitesse. Refroidissement à air, pas de jauge de température (pas de jauge à essence non plus, juste un témoin), difficile à dire quand la mécanique est à point pour laisser le poignet droit agir à sa guise. Toujours au sujet des instruments, difficile de comprendre la motivation pour un si grand compte-tours, surtout avec un graphisme aussi ordinaire. J’ai cependant vu pire chez Honda (certaines VFR) ou Maserati.
Le
manque relatif de protection est flagrant sur autoroute, 150 km/h est le maximum
supportable, et ça tire déjà pas mal sur le cou et les bras. Sur le réseau
secondaire, le tableau devient un peu plus cohérent. La mécanique est loin
d’être sauvage, mais le couple permet de ressortir fort des virages. Le freinage
est excellent, même en virage, les suspensions fermes mais la moto reste stable
sur chaussée inégale, fait preuve d’une belle maniabilité dans les changements
d’angle. Ne connaissant pas les pneus, je n’ai pas eu le loisir d’aller taquiner
les limites et choisi d’adopter une tactique « slow-in-fast-out » sûre, assez
efficace et, plus important, plaisante.
Vous pouvez oublier les performances effrayantes des super sportives, la MT01 appartient à un monde – réel – de performances utilisables et suffisantes pour rendre la balade attractive, bien plus intéressante qu’une BM R1150 par exemple. Je me risquerai à spéculer qu’un(e) passager(e) préfèrera la teutonne à la nippone : les cale-pieds de cette dernière sont très hauts.
La
boîte est mise à forte contribution du fait de la plage d’utilisation assez
étroite, et s’en acquitte relativement bien. Yamaha a fait bien pire par le
passé (ma R1 de 98 par exemple) mais pourrait faire mieux aussi. Il m’est arrivé
de me retrouver au point mort au passage première-deuxième. L’embrayage est
progressif et doux.
Esthétiquement, j’ai aimé certaines parties du côté droit avec de belles pièces de fonderie ou d’usinage, mais globalement, je ne suis pas vraiment séduit. Trop de plastiques noirs, et les prises d’air oblongues des deux côtés du réservoir me paraissent saugrenues. L’optique de phare ovale est une tendance de style, déjà vue sur la version non carénée de la Fazer 600, qui peine à me séduire. Les deux énormes silencieux entourant la selle sont heureusement bien isolés thermiquement, mais manquent un peu de finesse. La finition, par contre, est de bonne qualité.
Au final, il est difficile de cacher une certaine déception par rapport aux attentes générées par la campagne de promotion. La MT01 n’est pas une mauvaise moto, loin s’en faut, avec une partie cycle assez réussie et une identité propre, mais il est difficile d’ignorer certaines carences au niveau du moteur : trop de vibrations non filtrées, pas assez de pêche. L’essai d’une Harley Street Rod ne fait que renforcer cette impression.
Moto aimablement prêtée par Daytona Shop SA à Lausanne.
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Jean-Claude Etter pour Asphalte.ch