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Deuxième opinion - La réplique d'un Subariste

Evidemment je les ai ratés. D’abord ils étaient embusqués au détour d’un virage, et puis ensuite je cherchais une mitsu, pas une sub. Et leur mitsubishi, elle est bleue, alors du coin de l’œil j’ai confondu. Mais finalement les voilà, les deux rivales habituelles, posés l’une à côté de l’autre dans un dégagement de la route, bleu sombre pour l’Evo, contre bleu électrique pour l’Impreza STI.

Cela fait maintenant trois ans que je roule avec la Mighty Subaru, et mon affection pour cette voiture ne s’est pas démentie. C’est une voiture tout terrains : grands trajets en famille, shopping, et même le circuit, rien ne lui fait peur. Encore que pour cette dernière activité, la traction intégrale ne soit pas la plus palpitante des solutions, visiblement, comme je l’ai découvert. Mais bien sûr, comme tout le monde, je connais bien le duel permanent auquel se livrent les deux voitures, Sub contre Evo. C’est donc avec une certaine impatience que je prends place à bord de la Mitsu.

A peine un petit coup d’œil à l’intérieur de la voiture, qui semble tout à fait quelconque, et je tourne la clé. Vitre ouverte, comme à l’accoutumée… mais je ne peux capter qu’un bruit… quelconque. JC me laisse prendre les devants, j’attaque donc les sinuosités qui nous mènent vers le col avec une ardeur non feinte. Quelques virages rapides mettent en évidence la bonne santé de la bête : accélérations de très bonne tenue, précision de la direction, de la boîte de vitesse… tout cela s’annonce plutôt bien. Mais très vite du trafic m’empêche de donner la pleine mesure de l’Evo. En roulant de manière un peu plus détendue, je remarque que la direction est un peu trop légère, un peu trop vive à mon goût. C’est à un point tel que, lorsque je lâche le volant pour aller passer une vitesse, la voiture fait bien souvent un petit écart sous l’impulsion involontaire. Damned.

Il faudra attendre quelques kilomètres de plus, et l’attaque sur le Marchairuz, pour que la danse reprenne. Je suis en tête, la Sub dans mes rétros en grandeur réelle d’abord, mais petit à petit, au fur et à mesure des épingles qui enchaînent leurs défis divers et variés, la STI rétrécit, encore et encore… Pourtant je n’ai pas l’impression d’aller si vite. Bien sûr la voiture se place impeccablement, accélère sans pitié à partir de 3000 tours, ne sous-vire jamais… mais JC est dans une voiture qu’il ne connaît pas, il a le photographe avec lui, et puis je dois être bien meilleur pilote, forcément.

Ton avis ? me demande JC alors que nous faisons une pause pour remplir l'appareil photo.

Ben, boaf… bof. C’est efficace, mais un peu fade. Et puis la direction est trop vive.

Ah ? tiens… c’est précisément ce que j’apprécie, moi. Et puis j’ai vraiment eu du mal à suivre, sur ce col…

Mouais. Ah, et le bruit du moteur, hein… pas terrible.

Nous décidons de refaire exactement le même trajet, en inversant les voitures. De retour au volant de ma Sub, je remarque tout de suite le volant beaucoup plus grand, la direction plus lourde et la suspension bien plus fatiguée – 62 000 km, alors que la Mitsu est neuve, œuf corse.

Peu importe, j’ai bien l’intention de montrer à JC que la STI vaut largement la Mitsu, et j’attaque le col au moins aussi fort qu’avec l’Evo… ce qui me vaut une fraction de seconde de sous-virage, lors de la deuxième courbe, et un petit moment de frayeur alors que les poteaux du bas-côté semblent pris d’une soudaine affection pour la carrosserie de la Subaru. Et puis, en sortant de la courbe, rien à faire pour décoller le museau de l’Evo des pare-chocs de ma propre voiture. La Sub sous-vire beaucoup plus que la Mitsu, ce qui m’oblige à freiner le plus propre possible pour ne pas manger la partie de la route où je ne devrais pas me trouver. Et en accélération pure, pas de différence notable.

Well, so much pour mes talents de pilote, on dirait. J’arrive bien à grappiller quelques mètres sur la fin de la montée, mais c’est surtout dû au trafic. Et soudain, la Sub me semble moins explosive qu’avant dans les accélérations. Etrange sensation.

Alors voilà, finalement c’est assez simple: d’un côté la Sub, aux jantes dorées et peinture bleu électrique, prise de capot extravertie, bruit de moteur boxer caractéristique, sièges deux tons griffés du logo rouge STI ; dans l’autre coin du ring, la Mitsu, qui pour moi a du mal à cacher sa descendance directe d’une plate limousine asiatique, pas d’aura sonore, intérieur un peu triste, moteur plus linéaire, direction un peu trop légère… mais qui visiblement mène la danse lorsque les deux voitures de rallye entament une valse sur les routes sinueuses de la Vallée de Joux. Et qui réussit le tour de force d’éviter le sous-virage (en mode tarmac, qui, je suppose, dirige plus de puissance sur l’arrière, par rapport aux modes neige et gravier), tout en offrant la sécurité et prédictabilité d’une quatre roues motrices.

Ce que je choisirais ? Moi, c’est le caractère d’abord. La sub, à cause du son et du moteur-à-coup-de-pied-dans-le-biiip. Tant pis, je rattraperai JC lorsqu’il fera le plein, il paraît qu’il consomme encore plus avec l’Evo que moi avec la Sub …

Données techniques

Moteur: 4 cylindres 1997 cm3, 16 soupapes, turbo & intercooler

Puissance: 265 ch à 6500 t/min

Couple: 355 Nm à 3500 t/min

Poids à vide: 1470 kg

Pneus: 235/45ZR17

Vitesse de pointe: 245 km/h

Consommation: 19.9L/100km en conduite sportive, 10.9L/100km cycle mixte CE

Sincères remerciements à M. Pinard de Mitsubishi Suisse et MM. Rossier et Baatard du Garage Carrosserie de la Plaine à Denges.

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Textes Franck Milet & Jean-Claude Etter / Photos Matteo Stucchi